Le Feu
Filet de lumière d’entre les fumées, tout n’est que mortelles blessures et douleurs dans la plaine.
Je crois que c’est enfin terminé, que la nuit peut finir ; la vie s’en est allée éperdue et dévastée.
J’avais appris et retenu toutes les parades, refais des milliers de fois tous ces gestes précis.
Ceux qui gardent et ceux qui ôtent la vie.
Pour tuer précisément il faut avoir vu souvent finir la vie.
Peu d’entres eux ont eu la chance, l’espoir infime de m’atteindre avant de sentir la froideur de mes lames…
Tout autour le silence maintenant exige son du et son alliée redoutable le sert complaisamment ; la mort a déjà longtemps régné, elle peut maintenant partager.
Je range mes armes, il n’y a plus de danger, seulement des victimes figées sur le sol dans leur sang.
Tout n’est plus que chairs, ferrailles, bois et terres entremêlés dans ce matin qui semble approcher.
Mes mains se sont figées elles ne peuvent encore abandonner la courbure des poignées…
Je vérifie…
Rien, aucun d’eux ne m’a touché vraiment ; ce sang qui me couvre n’est pas le mien…
Aucun ennemi ni aucun compagnon, suis-je le seul survivant alentour ?
Filet de lumière d’entre les fumées, j’avance dans le carnage de la plaine, là bas au loin il y a un grand feu…
Je n’étais pas fait pour la guerre, mais elle a tout emporté et lorsque le Vent du tourment s’est levé j’ai du la faire…
Alors j’ai appris la férocité, la haine et le maniement des armes, j’ai appris à étreindre la mort, à éteindre la vie de mes ennemis et si je suis le seul à survive, je suis aussi mon seul ennemi.
J’ai appris ce que je savais déjà…
Mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
***
(à suivre)
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Le Feu, récit d'un Veilleur en 6 jours (fin)...
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Le Feu, récit d'un Veilleur en 6 jours (fin)...
Modifié en dernier par Jadmire le 23 oct. 2005 15:52, modifié 2 fois.

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La lettre perdue
La lettre perdue
Bientôt commencera le grand ravage, nous l’avons voulu, nous l’avons tellement attendu et il viendra évidemment.
Avant qu’il ne soit là je dois encore lui écrire.
Après; elle ne pourra plus me reconnaître.
Je ne veux pas réfléchir à ce que j’écrirai ce n’est pas la peine seulement lui dire cette profonde urgence …
« Chère grand-mère, mamie,
Il était temps je sais que cela vienne, on ne prend sans doute jamais assez ce temps là…
Le mien est passé parfois si vite et si vide aussi …
Alors je choisis, si je choisis quelque chose, cette soirée pour écrire, pour t’écrire comme on choisit sans doute un dernier regard, un dernier mot qui a lui seul en tairait et en dirait suffisamment pour que l’on puisse partir ou laisser partir en sachant que tout cela n’aura pas été vain…
Après les trop rares fois où nous nous sommes vus ces dernières années, j’ai entendu quelques fois ce que tu gardais pour toi et pour ceux qui savent voir…
Mais qui prend ce moment de regarder celle qui a toujours été là ?
Il faut commencer par l’aube sans quoi aucune histoire n’est compréhensible.
Cela a été, lorsque je venais vous voir les étés, des moments de liberté et de vie qui m’auront tellement aidé à grandir mais surtout à vivre des moments merveilleux …
Je venais voir mes grands-parents, mais c’était tellement plus que cela ; j’échappais à l’orage qui s’annonçait déjà, j’échappais à l’échec à celui que l’on n’évitera pas et qu’enfant on croit pouvoir supporter à l’aide de quelques souvenirs rapidement construits et rapidement condamnés à n’être que des souvenirs finalement.
Pas assez pour compenser, jamais assez pour conserver le sable de l’espérance …
L’enfance est ainsi passée ponctuée de ces moments privilégiés chez toi, ailleurs là où il faisait toujours meilleur…
Ensuite, sans que je ne le comprenne vraiment je suis entré dans le monde adulte et dans ces moments là encore j’ai apprécié nos discussions et celles que tu voulais toujours commencer par tes questions si personnelles…
On peut maintenant oublier les questions mais elles voulaient toutes marquer combien nos vies comptaient pour toi, pour cela je ne te remercierai jamais assez…
Je crois que finalement j’ai tout admiré en toi et peut être encore davantage le fait que tu restais disponible, stable, immuable, présente à jamais ; je l’ai cru si longtemps, si longtemps mamie…
Le premier voyage vers le nord, on devrait dire le refuge, la fuite, l’exode, le « laissez moi croire que tout peut recommencer, tout pourra se réparer si je ferme les yeux… », ce voyage donc aura marqué la fin d’une rêverie si sombre parfois…
A mon retour tout avait changé, tout était devenu mortel et périssable…
A mon retour je suis parti pour le Silence, cette lointaine contrée intérieure où règne la solitude…
J’aurai sans doute du essayer de plus parler, de plus montrer, au moins à toi qui regardait avec ton regard.
Ne m’en veux pas, même au cœur des silences, je savais que tu étais là…
Quelques années sont passées puis j’ai à nouveau ouvert les yeux et j’ai du comprendre que le temps et les événements finissaient aussi par t’atteindre…
Le temps est encore passé et dans ce peu de temps j’ai entendu ce que tu n’auras pas dit vraiment…
Tu sais que tu vas partir, tu le sais et tu attends cela comme une délivrance je crois, tu le sais et le veux…
Moi, je sais que tu vas partir, je le sais maintenant et qu’est-ce que j’y peux ?
Rien je crois sauf prendre soin de mes souvenirs, comme un sourire mamie, comme mourir sa vie…
Alors prends soin de toi dans ces quelques jours qui viendront, je voulais que tu saches combien tu m'avais aidé, combien je t’avais aimé tout simplement comme ton petit enfant, celui qui coure partout, toujours tombe et se relève…
Où que tu ailles maintenant tu me manqueras même si je sais que tu m’as laissé un peu de ton regard et de ton courage…
Je tenterai d’être digne de cela et de toi mamie…
Merci tellement encore…
Le temps passe…
»
Là bas au loin il y a eu une lueur intense et maintenant un grand feu, je crois que j’ai oublié d’adresser et de signer cette lettre.
De toute façon je n’avais déjà plus de nom...
Tout est prêt, nous n’avons pas résisté et nous avançons dans la nuit où nous allons rester…
Mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
**
(à suivre)
Bientôt commencera le grand ravage, nous l’avons voulu, nous l’avons tellement attendu et il viendra évidemment.
Avant qu’il ne soit là je dois encore lui écrire.
Après; elle ne pourra plus me reconnaître.
Je ne veux pas réfléchir à ce que j’écrirai ce n’est pas la peine seulement lui dire cette profonde urgence …
« Chère grand-mère, mamie,
Il était temps je sais que cela vienne, on ne prend sans doute jamais assez ce temps là…
Le mien est passé parfois si vite et si vide aussi …
Alors je choisis, si je choisis quelque chose, cette soirée pour écrire, pour t’écrire comme on choisit sans doute un dernier regard, un dernier mot qui a lui seul en tairait et en dirait suffisamment pour que l’on puisse partir ou laisser partir en sachant que tout cela n’aura pas été vain…
Après les trop rares fois où nous nous sommes vus ces dernières années, j’ai entendu quelques fois ce que tu gardais pour toi et pour ceux qui savent voir…
Mais qui prend ce moment de regarder celle qui a toujours été là ?
Il faut commencer par l’aube sans quoi aucune histoire n’est compréhensible.
Cela a été, lorsque je venais vous voir les étés, des moments de liberté et de vie qui m’auront tellement aidé à grandir mais surtout à vivre des moments merveilleux …
Je venais voir mes grands-parents, mais c’était tellement plus que cela ; j’échappais à l’orage qui s’annonçait déjà, j’échappais à l’échec à celui que l’on n’évitera pas et qu’enfant on croit pouvoir supporter à l’aide de quelques souvenirs rapidement construits et rapidement condamnés à n’être que des souvenirs finalement.
Pas assez pour compenser, jamais assez pour conserver le sable de l’espérance …
L’enfance est ainsi passée ponctuée de ces moments privilégiés chez toi, ailleurs là où il faisait toujours meilleur…
Ensuite, sans que je ne le comprenne vraiment je suis entré dans le monde adulte et dans ces moments là encore j’ai apprécié nos discussions et celles que tu voulais toujours commencer par tes questions si personnelles…
On peut maintenant oublier les questions mais elles voulaient toutes marquer combien nos vies comptaient pour toi, pour cela je ne te remercierai jamais assez…
Je crois que finalement j’ai tout admiré en toi et peut être encore davantage le fait que tu restais disponible, stable, immuable, présente à jamais ; je l’ai cru si longtemps, si longtemps mamie…
Le premier voyage vers le nord, on devrait dire le refuge, la fuite, l’exode, le « laissez moi croire que tout peut recommencer, tout pourra se réparer si je ferme les yeux… », ce voyage donc aura marqué la fin d’une rêverie si sombre parfois…
A mon retour tout avait changé, tout était devenu mortel et périssable…
A mon retour je suis parti pour le Silence, cette lointaine contrée intérieure où règne la solitude…
J’aurai sans doute du essayer de plus parler, de plus montrer, au moins à toi qui regardait avec ton regard.
Ne m’en veux pas, même au cœur des silences, je savais que tu étais là…
Quelques années sont passées puis j’ai à nouveau ouvert les yeux et j’ai du comprendre que le temps et les événements finissaient aussi par t’atteindre…
Le temps est encore passé et dans ce peu de temps j’ai entendu ce que tu n’auras pas dit vraiment…
Tu sais que tu vas partir, tu le sais et tu attends cela comme une délivrance je crois, tu le sais et le veux…
Moi, je sais que tu vas partir, je le sais maintenant et qu’est-ce que j’y peux ?
Rien je crois sauf prendre soin de mes souvenirs, comme un sourire mamie, comme mourir sa vie…
Alors prends soin de toi dans ces quelques jours qui viendront, je voulais que tu saches combien tu m'avais aidé, combien je t’avais aimé tout simplement comme ton petit enfant, celui qui coure partout, toujours tombe et se relève…
Où que tu ailles maintenant tu me manqueras même si je sais que tu m’as laissé un peu de ton regard et de ton courage…
Je tenterai d’être digne de cela et de toi mamie…
Merci tellement encore…
Le temps passe…
»
Là bas au loin il y a eu une lueur intense et maintenant un grand feu, je crois que j’ai oublié d’adresser et de signer cette lettre.
De toute façon je n’avais déjà plus de nom...
Tout est prêt, nous n’avons pas résisté et nous avançons dans la nuit où nous allons rester…
Mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
**
(à suivre)
Modifié en dernier par Jadmire le 03 oct. 2005 13:47, modifié 1 fois.

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L'attente
L'attente
Cela fait longtemps que j’attends, le Soleil est maintenant couchant sur le fleuve.
C’est dimanche aujourd’hui et ce soir je dois te parler quand tu viendras.
Tout ne pourra être dit mais il faut que tu saches, que tu vois ce qui gronde en moi quand tu es là ou que tu n’y es pas…
Je n’ai pas beaucoup de mots pour cela, la vie ne m’a pas laissé le temps d’apprendre à les dire, ma pauvreté ne peut masquer pourtant ce que je ressens pour toi.
Avec mes silences tout est si difficile, mais tu auras lu mes regards j’en suis sur.
Peut être même auras tu perçu que mes sourires si rares dans nos quotidiens de chiens, ne sont que pour toi quand je t’aperçois sur ce chemin bordant le champ où tu passes matin.
Ces moments là je n’arrive presque plus à respirer, mes jambes fléchissent quand tu t’éloignes et je te jure que la récolte n’y est pour rien même si elle devient cent fois son poids…
Une fois j’ai dessiné pour toi une rose sur un roseau taillé pour en faire une flutte.
Le son qui en sortait n’était pas digne de toi aussi j’ai préféré la laisser retourner au fleuve mais la fleur était belle. Peut être devrai-je un jour tenter de la recommencer …
Le Soleil est maintenant couché depuis longtemps et le fleuve entraîne dans la nuit mes attentes et mes espérances.
Je n’ai que mes mains et mon courage, mon cœur est ma timidité quand mes rêves s’en vont toujours vers toi.
Pourquoi ne puis je pas dans un regard vaincre nos distances et atteindre ton cœur, te confier l’ombre de cette vie que j’aimerai partager à tes cotés ?
Te dire que je ne sais que peu de chose, mais que je mettrai toute mon énergie à t’apprendre.
Et si tu veux y croire je forgerais la vie pour qu’elle soit douce…
Demain, oui demain tu passeras matin et je serai là à t’attendre, à attendre dans le champ comme chaque matin…
La nuit s’illumine soudain, là bas au loin il y a un grand feu…
Il faut que je rentre chez moi, que je vois d’où il vient, où il va car il ne faudrait pas qu’il approche le village…et la maison où tu vies…
Je coure vers les premières maisons ; j’ai tellement couru déjà pourtant jamais ne me quitte ce froid…
Je coure et j’ai si froid mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
**
(à suivre)
Cela fait longtemps que j’attends, le Soleil est maintenant couchant sur le fleuve.
C’est dimanche aujourd’hui et ce soir je dois te parler quand tu viendras.
Tout ne pourra être dit mais il faut que tu saches, que tu vois ce qui gronde en moi quand tu es là ou que tu n’y es pas…
Je n’ai pas beaucoup de mots pour cela, la vie ne m’a pas laissé le temps d’apprendre à les dire, ma pauvreté ne peut masquer pourtant ce que je ressens pour toi.
Avec mes silences tout est si difficile, mais tu auras lu mes regards j’en suis sur.
Peut être même auras tu perçu que mes sourires si rares dans nos quotidiens de chiens, ne sont que pour toi quand je t’aperçois sur ce chemin bordant le champ où tu passes matin.
Ces moments là je n’arrive presque plus à respirer, mes jambes fléchissent quand tu t’éloignes et je te jure que la récolte n’y est pour rien même si elle devient cent fois son poids…
Une fois j’ai dessiné pour toi une rose sur un roseau taillé pour en faire une flutte.
Le son qui en sortait n’était pas digne de toi aussi j’ai préféré la laisser retourner au fleuve mais la fleur était belle. Peut être devrai-je un jour tenter de la recommencer …
Le Soleil est maintenant couché depuis longtemps et le fleuve entraîne dans la nuit mes attentes et mes espérances.
Je n’ai que mes mains et mon courage, mon cœur est ma timidité quand mes rêves s’en vont toujours vers toi.
Pourquoi ne puis je pas dans un regard vaincre nos distances et atteindre ton cœur, te confier l’ombre de cette vie que j’aimerai partager à tes cotés ?
Te dire que je ne sais que peu de chose, mais que je mettrai toute mon énergie à t’apprendre.
Et si tu veux y croire je forgerais la vie pour qu’elle soit douce…
Demain, oui demain tu passeras matin et je serai là à t’attendre, à attendre dans le champ comme chaque matin…
La nuit s’illumine soudain, là bas au loin il y a un grand feu…
Il faut que je rentre chez moi, que je vois d’où il vient, où il va car il ne faudrait pas qu’il approche le village…et la maison où tu vies…
Je coure vers les premières maisons ; j’ai tellement couru déjà pourtant jamais ne me quitte ce froid…
Je coure et j’ai si froid mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
**
(à suivre)
Modifié en dernier par Jadmire le 03 oct. 2005 13:55, modifié 2 fois.

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La promesse
La promesse
Il est midi au Soleil de la Saint Jean nous avons construit avec ma sœur une hutte avec des branchages de grands saules et nous jouons au Roi et à la Reine d’un pays où nous serions vivants et heureux …
Elle danse dans la lumière sur une ritournelle que nous seuls entendons.
Elle brille de joie et je fais celui là qui dirige les musiciens ; ils sont au moins sept à jouer de tous les instruments ceux que je connais et même d’autres inventés…
Ma mère approche elle porte dans ses bras une grande nappe et un panier d’osier abîmé.
« Si je suis roi un jour maman je t’offrirais le plus beau panier du monde ! »
Elle me sourit en se forçant pendant que ma sœur tourne dans sa danse d’enfant et que la musique imaginaire aussitôt se fane en moi.
Son regard éteint me fige, je crois qu’elle cache quelques larmes lorsqu’elle se penche pour installer la nappe sur le sol à coté du tas de bois.
Pendant que ma sœur tourne encore autour de nous je regarde ma mère mais je n’ai pas besoin de la voir, je le sais, je sais déjà : il a recommencé.
Il lui avais promis qu’il arrêterait, que jamais plus il ne cèderait, qu’il le ferait pour elle, pour nous.
Il lui avait promis qu’il changerait, il l’avait si souvent promis que je voulais y croire…
Parfois je l’avais vu pleurer seul, le soir souvent devant la cheminée quand nous devions dormir.
J’avais hésité à lui dire…mais que dire à son père dans l’antre de son cauchemar ?
Lui dire que la solitude n’existe pas sans la chercher, que la vie doit se vivre entièrement et qu’il faut partager même si ce n’est que l’ombre ; il faut la partager et ensemble nous saurons comment ne pas renoncer, ne pas abandonner.
Que si il fait nuit il fait encore plus sombre sans lui…
Ajouter qu’elle a tellement besoin de lui… Que ma sœur et moi peut être davantage encore…
Je n’ai pas pu dire cela, je reculais toujours et retournais encore attendre la fin de la nuit, jusqu’au matin blême plus terne qu’hier, moins qu’aujourd’hui…
Ma mère se redresse brusquement et je crois qu’elle crie en pointant au loin le village, je me fige là bas au loin il y a un grand feu…
Ma mère s’éloigne vers le village en criant, je ne comprends pas ce qu’elle hurle.
Je ne l’entends plus quand je coure également vers cette maison où il est depuis longtemps trop tard mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
***
(à suivre)
Il est midi au Soleil de la Saint Jean nous avons construit avec ma sœur une hutte avec des branchages de grands saules et nous jouons au Roi et à la Reine d’un pays où nous serions vivants et heureux …
Elle danse dans la lumière sur une ritournelle que nous seuls entendons.
Elle brille de joie et je fais celui là qui dirige les musiciens ; ils sont au moins sept à jouer de tous les instruments ceux que je connais et même d’autres inventés…
Ma mère approche elle porte dans ses bras une grande nappe et un panier d’osier abîmé.
« Si je suis roi un jour maman je t’offrirais le plus beau panier du monde ! »
Elle me sourit en se forçant pendant que ma sœur tourne dans sa danse d’enfant et que la musique imaginaire aussitôt se fane en moi.
Son regard éteint me fige, je crois qu’elle cache quelques larmes lorsqu’elle se penche pour installer la nappe sur le sol à coté du tas de bois.
Pendant que ma sœur tourne encore autour de nous je regarde ma mère mais je n’ai pas besoin de la voir, je le sais, je sais déjà : il a recommencé.
Il lui avais promis qu’il arrêterait, que jamais plus il ne cèderait, qu’il le ferait pour elle, pour nous.
Il lui avait promis qu’il changerait, il l’avait si souvent promis que je voulais y croire…
Parfois je l’avais vu pleurer seul, le soir souvent devant la cheminée quand nous devions dormir.
J’avais hésité à lui dire…mais que dire à son père dans l’antre de son cauchemar ?
Lui dire que la solitude n’existe pas sans la chercher, que la vie doit se vivre entièrement et qu’il faut partager même si ce n’est que l’ombre ; il faut la partager et ensemble nous saurons comment ne pas renoncer, ne pas abandonner.
Que si il fait nuit il fait encore plus sombre sans lui…
Ajouter qu’elle a tellement besoin de lui… Que ma sœur et moi peut être davantage encore…
Je n’ai pas pu dire cela, je reculais toujours et retournais encore attendre la fin de la nuit, jusqu’au matin blême plus terne qu’hier, moins qu’aujourd’hui…
Ma mère se redresse brusquement et je crois qu’elle crie en pointant au loin le village, je me fige là bas au loin il y a un grand feu…
Ma mère s’éloigne vers le village en criant, je ne comprends pas ce qu’elle hurle.
Je ne l’entends plus quand je coure également vers cette maison où il est depuis longtemps trop tard mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
***
(à suivre)

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L'arme
L'arme
Le roi est mort et le royaume n'a de vivant que son lot de guerres et de misères...
Les peuples se déchirent dans ces batailles terribles, ils espèrent tous le printemps mais n'offrent qu'un long hivers de guerres à leurs frères, leurs femmes et leurs enfants...
Dans les faubourgs de la cité, le temps est couvert, le ciel inquiétant.
Une Cavalière s'arrête devant la forge, elle m’aperçoit j’attire son regard.
Elle le sent, elle le sait je lui ressemble...
Je m’approche de l’auberge, dans son regard se dessine une lueur de plaisir et d’émotion.
Je lis les messages affichés aux vents sur la façade et je murmure : « Un jour moi aussi j’irai avec eux…Je serai combattant … J'irai où les histoires se vivent, où les Légendes se gravent...Peut être même serai-je dans ces Grandes Armées du Nord… »
Je ne suis plus qu’un songe, un sourire.
Le temps n'a plus d'emprise sur mes rêveries car le temps pour un enfant qui rêve n'est pas celui des hommes ni des mensonges...
On m’appelle deux fois au loin.
"… N’oublie pas ma commande ... Il ne faut pas trainer allez viens ! " S’écrie mon père resté vers le pont-levis.
Mes rêves s'estompent...
Il pleut sur mon pays, c'est l'automne et il ne me semble avoir connu que cette saison dans cette région.
" Oui Père, j'arrive de suite. " je lui réponds sans détourner mon regard.
Je pose ma main sur l’affiche avec émotion et je soupire quelques mots :
« Que le temps passe vite!
Qu'il emporte mon enfance!
Que je revienne ici trouver des compagnons d’aventures !
D'une famille pauvre, je ne suis pas né riche et mon héritage je le tiens déjà en mon cœur.
Alors que vienne bientôt l'heure de l'homme; celle d'être enfin des leurs...»
Je m’éloigne en courant sous la pluie battante, la tête pleine de batailles et de gloire pour demain... Dans une saison, une année, un siècle, une éternité...
Je sais que la cavalière me regarde courir au loin elle doit murmurer pour elle même:
"Tes rêves seront exaucés, tu connaîtras la guerre n'en doute pas car notre sang est de ceux qui forment les rivières au cœur des combats..."
Je m'arrête de courir, j’hésite... Je me retourne au loin et je regarde la Cavalière.
J’agite la main pour la saluer.
Elle me rend mon salut et brandit son épée au ciel dans l'orage qui gronde.
Il n’y qu'une lumière, un éclat au porte de la cité, je regarde la Dame et son épée à lame de cristal...
"Une telle lame ne peut être forgée" je m’entends murmurer "une telle épée n'existe pas!"
Sur la cité, une deuxième lueur vient faire écho à la lame, un grand feu défie la pluie qui tombe en se progageant.
"Pourtant je la brandis et je suis en Vie!" semble me murmurer la Cavalière avant de disparaître...
Mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
***
(à suivre: le 6ème jour)
Le roi est mort et le royaume n'a de vivant que son lot de guerres et de misères...
Les peuples se déchirent dans ces batailles terribles, ils espèrent tous le printemps mais n'offrent qu'un long hivers de guerres à leurs frères, leurs femmes et leurs enfants...
Dans les faubourgs de la cité, le temps est couvert, le ciel inquiétant.
Une Cavalière s'arrête devant la forge, elle m’aperçoit j’attire son regard.
Elle le sent, elle le sait je lui ressemble...
Je m’approche de l’auberge, dans son regard se dessine une lueur de plaisir et d’émotion.
Je lis les messages affichés aux vents sur la façade et je murmure : « Un jour moi aussi j’irai avec eux…Je serai combattant … J'irai où les histoires se vivent, où les Légendes se gravent...Peut être même serai-je dans ces Grandes Armées du Nord… »
Je ne suis plus qu’un songe, un sourire.
Le temps n'a plus d'emprise sur mes rêveries car le temps pour un enfant qui rêve n'est pas celui des hommes ni des mensonges...
On m’appelle deux fois au loin.
"… N’oublie pas ma commande ... Il ne faut pas trainer allez viens ! " S’écrie mon père resté vers le pont-levis.
Mes rêves s'estompent...
Il pleut sur mon pays, c'est l'automne et il ne me semble avoir connu que cette saison dans cette région.
" Oui Père, j'arrive de suite. " je lui réponds sans détourner mon regard.
Je pose ma main sur l’affiche avec émotion et je soupire quelques mots :
« Que le temps passe vite!
Qu'il emporte mon enfance!
Que je revienne ici trouver des compagnons d’aventures !
D'une famille pauvre, je ne suis pas né riche et mon héritage je le tiens déjà en mon cœur.
Alors que vienne bientôt l'heure de l'homme; celle d'être enfin des leurs...»
Je m’éloigne en courant sous la pluie battante, la tête pleine de batailles et de gloire pour demain... Dans une saison, une année, un siècle, une éternité...
Je sais que la cavalière me regarde courir au loin elle doit murmurer pour elle même:
"Tes rêves seront exaucés, tu connaîtras la guerre n'en doute pas car notre sang est de ceux qui forment les rivières au cœur des combats..."
Je m'arrête de courir, j’hésite... Je me retourne au loin et je regarde la Cavalière.
J’agite la main pour la saluer.
Elle me rend mon salut et brandit son épée au ciel dans l'orage qui gronde.
Il n’y qu'une lumière, un éclat au porte de la cité, je regarde la Dame et son épée à lame de cristal...
"Une telle lame ne peut être forgée" je m’entends murmurer "une telle épée n'existe pas!"
Sur la cité, une deuxième lueur vient faire écho à la lame, un grand feu défie la pluie qui tombe en se progageant.
"Pourtant je la brandis et je suis en Vie!" semble me murmurer la Cavalière avant de disparaître...
Mais ce n’est pas ainsi que cela a commencé…
***
(à suivre: le 6ème jour)

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La dernière lumière
La dernière lumière
Cela fait longtemps que j’entends ce rythme.
Ce bruit règne depuis l’origine des temps.
Deux battements sourds tout autour auxquels répondent deux autres plus forts en moi.
Tout le reste est diffus et seule au cœur se prolonge cette chaleur qui m’englobe.
Je suis bien.
Je n’attends rien car le temps n’a pas encore d’emprise.
Je suis protégé.
Le monde est cette chaleur et ces quatre battements…
Il y a cette immense douleur, la première.
Elle est suivie par la brûlure d’une trop grande lumière et après il fait si froid.
Il y a des cris et je crois que j’ai hurlé aussi.
Je ne voulais pas renoncer, je n’étais pas prêt à entrer dans leur vie…
Est ce ainsi que tout commence ?
On m’emmène vers trop de lumières et de cris.
J’ai froid, si froid quand je n’entends plus que le battement de mon cœur solitaire.
Il me faudra apprendre à voir, percevoir, sentir, retenir, penser, imaginer, murmurer, taire et dire.
Il me faudra savoir prendre et donner, offrir et recevoir, apprendre et oublier, aimer et haïr.
Il me faudra vouloir savoir, espérer, construire, commencer, rêver, continuer et finir.
Il me faudra marcher, courir, tomber, me relever toujours.
Il me faudra agir, partir, revenir et tout changer.
Il me faudra m’adapter, combattre.
Il me faudra survivre.
Si je n’y arrive pas.
Si quelque chose se met sur ma route.
Si l’autre encombre mon bonheur et m’impose son enfer.
Si ils me résistent.
Alors il me faudra les enfouir dans la douleur de cette lumière vive et brûlante.
Il me faudra allumer de grands feux…
FIN
Cela fait longtemps que j’entends ce rythme.
Ce bruit règne depuis l’origine des temps.
Deux battements sourds tout autour auxquels répondent deux autres plus forts en moi.
Tout le reste est diffus et seule au cœur se prolonge cette chaleur qui m’englobe.
Je suis bien.
Je n’attends rien car le temps n’a pas encore d’emprise.
Je suis protégé.
Le monde est cette chaleur et ces quatre battements…
Il y a cette immense douleur, la première.
Elle est suivie par la brûlure d’une trop grande lumière et après il fait si froid.
Il y a des cris et je crois que j’ai hurlé aussi.
Je ne voulais pas renoncer, je n’étais pas prêt à entrer dans leur vie…
Est ce ainsi que tout commence ?
On m’emmène vers trop de lumières et de cris.
J’ai froid, si froid quand je n’entends plus que le battement de mon cœur solitaire.
Il me faudra apprendre à voir, percevoir, sentir, retenir, penser, imaginer, murmurer, taire et dire.
Il me faudra savoir prendre et donner, offrir et recevoir, apprendre et oublier, aimer et haïr.
Il me faudra vouloir savoir, espérer, construire, commencer, rêver, continuer et finir.
Il me faudra marcher, courir, tomber, me relever toujours.
Il me faudra agir, partir, revenir et tout changer.
Il me faudra m’adapter, combattre.
Il me faudra survivre.
Si je n’y arrive pas.
Si quelque chose se met sur ma route.
Si l’autre encombre mon bonheur et m’impose son enfer.
Si ils me résistent.
Alors il me faudra les enfouir dans la douleur de cette lumière vive et brûlante.
Il me faudra allumer de grands feux…
FIN

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Jadmire
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- Enregistré le : 08 sept. 2003 21:07
- Localisation : Quelque part sous les nuages...
Bonjour à tous,
J'ai voulu cette nouvelle comme un récit ouvert et projectif.
Son inversion chronologique fragilise les sentiments envers le narrateur.
Elle est batie sur deux uniques constantes "le feu" et "le commencement" et une narration immersive à la première personne.
Sans indication ni de temps ni de lieux elle doit entrainer le lecteur vers des interprétations des faits projectifs de son vécu ou de son imagination; l'exemple type étant "la promesse" où il y aura autant de réponses sur ce que fit le père que de lecteurs...
Chacun se construit ainsi son histoire, en espérant que la votre vous plaiera je vous "confie" la mienne.
La nouvelle au format pdf en "creative commons"
Le Feu, récit d'un veilleur en six jours
Amicalement,
A.J.
J'ai voulu cette nouvelle comme un récit ouvert et projectif.
Son inversion chronologique fragilise les sentiments envers le narrateur.
Elle est batie sur deux uniques constantes "le feu" et "le commencement" et une narration immersive à la première personne.
Sans indication ni de temps ni de lieux elle doit entrainer le lecteur vers des interprétations des faits projectifs de son vécu ou de son imagination; l'exemple type étant "la promesse" où il y aura autant de réponses sur ce que fit le père que de lecteurs...
Chacun se construit ainsi son histoire, en espérant que la votre vous plaiera je vous "confie" la mienne.
La nouvelle au format pdf en "creative commons"
Le Feu, récit d'un veilleur en six jours
Amicalement,
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